Un petit manuel

Ayant commencé ma carrière en microbiologie à l’âge de 18 ans, avec mes camarades de classe nous avions reçu une liste de manuels scolaires recommandés par notre faculté. Ces livres de référence sont devenus les piliers de nos études qui m’ont accompagné tout au long de ma vie comme sources d’informations exemplaires dans ma spécialité. Certains manuels étaient fournis par le service dans lequel je travaillais. Du moins, je savais que l’on y trouvait quelques ouvrages de référence essentiels, même si ce n’était pas toujours l’édition la plus récente. Et pour d’autres, je les ai achetés moi-même. Pas toujours facile à justifier, car les manuels n’ont jamais été particulièrement bon marché. Certains encore étaient achetés par mes collègues, en particulier par le chef de service, sans doute parce qu’il estimait souvent nécessaire de contribuer lui-même aux ressources mises à disposition. En effet, les demandes d’achat de livres adressées aux services d’approvisionnement étaient fréquemment refusées. Enfin, on pouvait retrouver quelques manuels dans la bibliothèque médicale de l’hôpital, mais tous les établissements n’avaient pas forcément la chance de mettre une telle structure à disposition.

Il était courant d’emprunter des manuels à des individus ou des bibliothèques, et aussi de les prêter à d’autres. En regardant récemment ma propre étagère de livres, je me suis rappelé du Dr Fred Archer. Le tout premier médecin microbiologiste que j’ai rencontré, l’homme qui m’a donné la chance de travailler dans un service de microbiologie clinique. Fred descendait souvent le couloir vers le département et m’interpellait : “Peter, tu n’aurais pas une cigarette sur toi ?”

J’ai fouillé dans la poche de ma blouse, “oui Dr Archer”, sortant un paquet de Embassy Red, “J’en ai quelques unes dans ce paquet, vous pouvez les prendre et j’en prendrai un nouveau à midi”. “Merci”, était la réponse, “c’est très gentil” dit-il en l’allumant.

Un livre que j’ai acheté et chéri (ce qui est toujours le cas), “The Faber Medical Dictionary (1975) 2ème édition, Ed. Sir Cecil Wakeley, Révisé par J G Bate. Ce livre a été consulté quotidiennement par tout le monde dans le département, à l’époque où les formulaires de demandes étaient rédigés à la main par les généralistes, spécialistes et médecins hospitaliers, et il faut bien l’avouer : certaines écritures donnaient vraiment l’impression qu’une araignée a trempé ses pattes dans de l’encre et a traversé la feuille en courant. Je me souviens des demandes fréquentes de mes collègues, “Quelqu’un peut-il m’aider à lire ça?” en consultant le “Faber”, “Je pense bien que c’est ce mot-là”.

Ce livre de référence occupe toujours sa place sur mon étagère et porte encore très clairement l’odeur du désinfectant qu’on utilisait sur nos pots de rejets.

Je regarde maintenant au long d’un rayon de livres dans le dernier hôpital où j’ai travaillé il y a environ 40 ans. Voici, devant moi, un petit texte attire mon œil, “Recent Advances in Infection”. (1979). (1979). Eds D Reeves et A Geddes. Lorsque je l’ouvre, la même odeur distincte me frappe: du désinfectant. Contenu; page 193 “Quality control in microbiology” (contrôle de la qualité en microbiologie) par E. Joan Stokes. C’est ce que je recherchais. En ouvrant, la première couverture est imprimée à la main “J F Archer”. Merci Fred, ceci est pour toutes ces cigarettes, je tiens le livre, qui se retrouve maintenant sur mon étagère, dans mon laboratoire.

Peter Kerfoot MSc FIBMS
Janvier 2025

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